La Directrice Générale de l’IAO présente une contribution à l'Atelier Régional sur «Culture, Histoire et Idées : Re-évaluer le Panafricanisme » Dakar, Sénégal, 16 - 17 Octobre 2015

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Group picL'atelier de deux jours sur le thème : «Culture, Histoire et Idées : Re-évaluer le panafricanisme» était co-organisé par l'École Supérieure pour le Développement de la Politique et de la Pratique de l'Université de Cape Town (UCT - Afrique du Sud) et le Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique (CODESRIA). La rencontre faisait partie d'une série de discussions sur le thème de l'intégration économique africaine, facilitée par le programme Construire des Ponts de l’Ecole Supérieure pour le Développement de la Politique et de la Pratique de l’UCT.

La réunion représentait une contribution aux réflexions critiques sur le fondement culturel et historique de l'intégration régionale en Afrique à travers les sept thèmes suivants :

  • Histoires régionale versus histoires nationales
  • Le problème de la langue et de l'intégration
  •  Culture populaire et Pan-africanisme
  • Littérature africaine et l'identité africaine
  • Préservation de la culture
  • Ethnicité, nationalisme et Pan-africanisme
  • Renaissance africaine et Pan-africanisme

Dans sa présentation se rapportant au thème «Littérature africaine et Identité africaine», le Professeur Djénéba Traoré a tout d'abord donné une définition du terme Pan-africanisme:«Mouvement, fondé vers 1900, pour garantir l'égalité des droits, l'autonomie, l'indépendance et l'unité des peuples africains. Inspiré par Marcus Garvey, il a encouragé la prise de conscience de la part des Africains en encourageant l'étude de leur histoire et de leur culture. Leadership venu des Amériques jusqu'au sixième congrès panafricain, à Manchester, au Royaume-Uni, en 1945, qui a vu l'émergence de figures nationalistes africaines, telles que Kwame Nkrumah et Jomo Kenyatta, avec un programme sur«l'autonomie et l'indépendance» de l'Afrique. Avec l'indépendance, cependant, le concept d'une Afrique politiquement unie fut bientôt remplacé par l'affirmation au sein des frontières coloniales et des  intérêts nationaux de la concurrence ». (Source: http://www.answers.com/topic/pan-africanism(traduit de l’anglais par l’auteur).

 Professeur Traoré a ensuite déclaré que, bien que la littérature africaine sub-saharienne soit très diversifiée, elle présente des similitudes, le dénominateur commun des cultures des pays africains étant sans aucun doute la tradition orale, à quelques exceptions près, comme chez les communautés swahilies vivant sur la côte est-africaine. Elle a également indiqué que l'écriture en Afrique Noire a débuté avec l'introduction de l'alphabet arabe au Moyen Age et de l'alphabet latin à l'époque coloniale à la fin du 19ème siècle. A partir de 1934, avec la naissance d’une part,  de la "Négritude" courant philosophique et littéraire dans les colonies francophones et d’autre part, de la «Théorie de la Personnalité Africaine» dans les colonies anglophones, les auteurs africains se sont mis à écrire en français ou en anglais de manière plus intensive. 

 Les principaux sujets qu'ils traitaient dans leurs romans, poèmes et nouvelles étaient surtout lafascination pour le mode de vie européen, comme par exemple: «Force Bonté» (1934) et «Karim» de Bakary Diallo (1935) ou «Mirage de Paris» (1937) de Ousmane Socé Diop. En 1946, la publication par des auteurs africains de la première anthologie internationale de poèmes en langue française et la création en 1947 de la revue «Présence Africaine» et d'autres comme «La Voix du Congolais» (1946), «Jeune Afrique» (1947) et «Black Orpheus» (1957) ont été les résultats de la nouvelle tendance philosophique et littéraire appelée Négritude dont les fondateurs sont le Martiniquais Aimé Césaire, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon Gontran Damas.

Professeur Traoré a souligné que deux événements majeurs ont joué un rôle important dans le développement de la littérature africaine, notamment:

  • En 1956, le premier Congrès des écrivains et artistes africains, organisé à l'Université de la Sorbonne à Paris (France);
  • En avril 1966, le premier Festival mondial des Arts Nègres qui s’est tenu à Dakar, la capitale du Sénégal. Dès lors, le nombre des publications considérablement a augmenté.

En signe de protestation contre la tendance philosophique et littéraire de la Négritude, une littérature réaliste voit le jour en Afrique de l'Ouest dans les années 1960. Au lieu de se tourner vers l'ancienne puissance coloniale comme les auteurs de la Négritude le faisaient en peignant un tableau idyllique de l’Afrique, certains auteurs engagés s’adressent désormais aux lecteurs africains en s’attaquant aux réalités sociales et politiques postcoloniales négatives. Les principaux représentants de ce groupe étaient le Sénégalais Ousmane Sembène, l'Ivoirien Ahmadou Kourouma, les Camerounais Mongo Béti et Ferdinand Oyono. Dans leurs œuvres, ils tentent de décrire de manière critique la période des indépendances et de l’après-indépendance.

A partir des années 1960, de plus en plus d'Africains commencent à écrire. Des changements quantitatifs et qualitatifs ont pu être observés dans le domaine de la publication aussi bien dans les pays francophones qu’anglophones.

Dans l'épopée africaine (généralement récits et nouvelles), deux thèmes dominants peuvent être constatés:

  • Le retour à l'histoire du continent. A partir de l'expérience des années 1970 et 1980, certains auteurs explorent de nouveau les années trente, quarante et cinquante: par exemple Ousmane Sembène dans «Le dernier de l'empire» (1981), Francis Bebey dans «Le Roi Albert d'Effidi» (1976), Mongo Béti dans    «Remember Ruben» (1974) et «La ruine presque cocasse d’un polichinelle» ou «Remember Ruben 2" (1979) et pas en dernier lieu Mohamed-Alioum Fantouré dans «L'homme du troupeau du Sahel» (1979). Dans le même temps, les historiens africains commencent à écrire l'histoire de leur continent: notamment, Joseph Ki-Zerbo (Burkina Faso), Cheickh Anta Diop (Sénégal), Ibrahima Baba Kaké (Guinée Conakry), Amadou Hampaté Bâ, Bakary Kamian et Madina Ly Tall (Mali), Cheikh Anta Diop (Sénégal) et l'Afro-descendantIvan Van Sertima (Guyane).  
  • Après les désillusions des années 1970, les écrivains se tournent vers le présent immédiat de leurs pays. Ils ciblent dans leurs romans, avec différents style-méthodes, les questions de népotisme, enrichissement illicite, et le mode de vie luxueux de la bourgeoisie nationale et bureaucratique, mais aussi la pauvreté, le mauvais comportement (la corruption, la prostitution, la perte de l'identité culturelle), le chômage et la destruction de l'individu à travers le système politique. Cette situation est alarmante pour de nombreux auteurs comme Wole Soyinka (prix Nobel de littérature en 1986): ««Season of Anomy» 1973; Ousmane Sembène: «Xala», 1973; Mongo Beti: «Perpétue et l'habitude du malheur» («Remember Ruben I») 1974 et «La Ruine Presque cocasse d’un polichinelle» («Remember Ruben II») 1979.

Il est également important de mentionner l'extraordinaire réception du livre de Okot P'Bitek«Song of Lawino» (à l'origine écrit en Luo (Ouganda) et traduit en anglais en 1966)). Suite à la réception du livre, l'auteur publie en 1970 en anglais «Song of Ocol», une réponse du mari à sa femme Lawino qui se plaint parce que son mari a convolé en secondes noces avec une femme moderne dans la période qui a suivi l’indépendance du pays.

Après 1990, les thèmes abordés par les écrivains africains portent principalement sur les questions sociales et politiques comme entre autres, le mode de vie africain, la perte des valeurs culturelles, la dégradation des mœurs, le manque de démocratie, d'Etat de droit et de droits humains, la faillite des systèmes éducatifs, les inégalités sociales, l'injustice, la corruption, le rôle des femmes dans la société et leurs relations avec les hommes, les causes et l'impact des conflits armés, les guerres et le terrorisme.

En conclusion, le Professeur Traoré a souligné que les écrivains africains peuvent jouer un rôle majeur dans la consolidation de l'identité africaine et qu’étant donné l’important apport de la diaspora africaine dans la lutte pour la dignité des peuples Noirs à travers le monde, l’'unité africaine ne pourra pas être réalisée, si un pont n’est construit entre le continent africain et sa diaspora.