Le Défi de la Transformation Structurelle en Afrique de l'Ouest

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 Par Dr. Félix Fofana N'Zué - Directeur de la Cellule d'Analyse des Politiques Economiques de la Commission de la CEDEAO

 

La théorie du développement stipule que pour que les pays se développent, ils doivent se transformer structurellement allant d'une économie agraire à une économie moderne. Cette transformation structurelle devait s’opérer par étapes (Kuznets, 1966)*. Ainsi, le développement socio-économique est réalisé par la transformation, et en particulier par la Transformation Structurelle. Cette transformation est un processus qui se déroule par phases. À la phase initiale, c'est le secteur agricole qui contribue le plus à la richesse du pays parce qu'il faut nourrir sa population qui ne cesse de croître. C'est la première phase.

Pour faire face à la population croissante, le pays doit améliorer la productivité agricole et réduire la pénibilité du travail dans ce secteur. À mesure que la productivité augmente dans le secteur agricole, certains facteurs de production devraient être réaffectés au secteur industriel où leurs contributions deviennent plus attrayantes. Lorsque cela cette réallocation se produit, la contribution de l'agriculture à la richesse du pays diminue tandis que celle du secteur industriel augmente. Il s'agit de la phase deux de la transformation structurelle. Pour que cette transformation se produise, il est essentiel que le capital humain du pays soit correctement développé et qu'il soit tourné vers la réduction continue de la pénibilité du travail dans le secteur agricole, l'amélioration continue du rendement et de la productivité dans ce secteur. Dans cette phase deux, le pays s’industrialise progressivement et produit des marchandises avec un contenu technologique élevé. Le pays développe les chaînes de valeur inhérentes à chaque produit agricole. Ce processus conduit à l'essor des agro-industries.

Au fur et à mesure que le pays produit de plus en plus de produits finis, la nécessité d'un mécanisme efficace et efficient de distribution et de commercialisation se fait sentir. Le pays réaffecte donc davantage de ressources au secteur des services pour répondre à ce besoin. C'est la troisième phase de la transformation structurelle. Au cours de ce processus, la contribution du secteur industriel diminue au profit du secteur des services.

Le processus décrit ci-dessus est celui suivi par des pays développés comme la France, le Royaume-Uni, les États-Unis d'Amérique, le Japon pour n'en citer que quelques-uns. Ces pays présentent un sentier de transformation similaire. C'est ce même sentier qui est suivi par certaines économies émergentes, à savoir l'Indonésie, la Corée et la Malaisie. La contribution de l'agriculture à la richesse de ces pays a diminué à mesure qu'ils se sont enrichis (augmentation du revenu par habitant). Ils se sont industrialisés. En effet, la contribution du secteur industriel à la richesse a augmenté pour dépasser celle du secteur agricole. Au fur et à mesure que ces pays se sont enrichis, le secteur des services a dépassé le secteur industriel pour devenir le principal contributeur à la richesse de ces pays.

 

En ce qui concerne les pays d'Afrique de l'Ouest, nous observons que le sentier de transformation indiqué ci-dessus et suivi par les économies développées et émergentes n'est pas la voie suivie par les pays de cette région. Les pays de la région Afrique de l’ouest non seulement ne présentent pas de trajectoire de transformation claire, mais ce qui est inquiétant, c’est le fait qu’ils sont passés de la phase initiale où l'agriculture est le principal contributeur à la richesse, à la troisième phase du processus de transformation structurelle.

Phase qui se caractérise par une proéminence du secteur des services. Ce faisant, ils ont sauté la deuxième phase du processus de transformation structurelle qui est une phase critique pour un développement socio-économique durable. La deuxième phase est celle où les pays développent les chaînes de valeur des produits agricoles pour en tirer un meilleur parti. Malheureusement, ce n'est pas ce que nous constatons dans notre région.

Nous demandons donc instamment aux décideurs de l'Afrique de l'Ouest de reconsidérer sérieusement leurs stratégies de développement afin de veiller à ce que la deuxième phase  du processus de transformation structurelle soit prise en charge et non ignorée. C'est à travers cette deuxième phase que les pays développeront sérieusement des chaînes de valeur avec un contenu technologique accru et ouvriront la voie au développement durable. Ainsi, à moins que des mesures sérieuses ne soient prises pour amorcer le processus de transformation structurelle appropriée, les ambitions des pays d'Afrique de l'Ouest de se hisser au statut d'économie émergente ne seront que des vœux pieux.

 Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et non la position officielle de la Commission de la CEDEAO.

Kuznets, Simon (1966), Modern Economic Growth, New Haven: Yale University Press.

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